« 8 novembre 1861 » [source : BnF, Mss, NAF 16382, f. 147], transcr. Sophie Gondolle, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6684, page consultée le 08 mai 2026.
Guernesey, 8 novembre 1861, vendredi matin, 8 h.
Bonjour, mon doux bien aimé, bonjour. Je t’aime, je te souris, j’ai passé une bonne nuit, je t’adore et si tu te portes bien, si tu as bien dormi et si tu penses à moi et si tu m’aimes, je suis la plus heureuse des femmes. La plus heureuse… entendons-nous, cela ne m’empêche pas de regretter, à tous les instants, mon doux privilège de copiste en chef et sans partage (quelle illusion !) que j’avais eu jusqu’à présent. Il a suffi de la première Victoire venue pour me couper le manuscrit sous le bec de ma plume et comme si cette mouche de renfort ne suffisait pas pour faire avancer votre sublime coche, vous y attelez Mme Chenay1. De moi, il n’en est pas plus question que de la bourrique à Robespierre. Vous vous croyez quitte envers moi, en me laissant mâcher mon zèle à vide (avide) devant mon râtelier dégarni. Si vous croyez que c’est une conduite que la vôtre à mon égard, vous vous trompez fièrement et je n’en suis que plus humiliée. Je ris pour ne pas pleurer et je vous adore.
1 Pour aider Juliette Drouet dans sa tâche de copiste des Misérables, Hugo s’adjoint l’aide de Victoire Étasse et de sa belle-sœur Julie Chenay.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo termine Les Misérables en Belgique. Juliette copie avec délices.
- 16 janvierHugo se laisse pousser la barbe.
- 25 mars-3 septembreVoyage à Londres, puis en Belgique et en Hollande et dans les environs ; séjour à Mont-Saint-Jean, à l’hôtel des Colonnes. Hugo quitte parfois Juliette pour rendre visite à sa famille à Bruxelles.
- 20 décembreHugo consent au mariage de sa fille avec le lieutenant Pinson.
